23 Sep

Une image de Merz

Le président de la Confédération n’apprécie guère les médias, c’est bien connu. Alors que son collègue gouvernemental et collègue de parti Hans-Rudolf Merz vient d’être frappé d’un accident cardio-vasculaire, Pascal Couchepin a tancé les médias qui ont publié une photo du ministre dans sa civière à son arrivée à l’hôpital de Berne. «C’est un nouveau pas dans la dégradation du respect de la personne» a-t-il notamment déclaré. Faut-il lui donner raison ? Je ne suis pas un spécialiste de l’éthique des médias, mais la question mérite quelque examen.

On a appris que les photos n’ont pas été volées. Un accord avait été donné aux photographes quand bien même la sortie de l’hélicoptère et le chemin vers les urgences sont des espaces privés, où le public est d’ordinaire interdit. En revanche, protection de la personnalité oblige, le visage n’aurait pas dû être reconnaissable. Ce qui n’a pas été le cas partout. Lire la suite

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10 Sep

Ethique de la citation journalistique

Dans l’écriture scientifique, il y a une règle cardinale qui est le respect de la parole d’autrui. Friand de citations diverses, l’écrit académique doit être fidèle au texte cité, indiquer par des crochets d’éventuels ajouts, corrections ou suppressions, donner la référence exacte pour qu’elle soit vérifiable, etc. Dans le journalisme, on est loin d’être aussi exigeant: restituer l’esprit d’un propos tenu en lieu et place de la lettre peut suffire. Mais cela débouche sur toute une série d’accusations récurrentes de la part d’interviewés lésés : vous sortez ce propos du contexte, vous avez déformé mes propos, vous avez tronqué ce que j’ai dit, etc.

Julian Baggini, dans ce stimulant ouvrage recommandé ici, prend l’exemple d’un discours de Jacques Chirac très mal reçu par les Britanniques et les Américains. Les médias britanniques et américains ont cité une intervention télévisée de Jacques Chirac du 10 mars 2003 : « Ma position, c’est que, quelles que soient les circonstances, la France votera non ». Ce refus d’intervenir en Irak a suscité le scandale: qu’est-ce que ce pays de pacifistes absolus qui refusent la guerre en toutes circonstances? En fait, la citation était tronquée et hors contexte: les circonstances ne sont pas absolues, mais relatives aux débats en cours à l’ONU et au Conseil de sécurité. En outre, la phrase entière est la suivante:

Ma position, c’est que, quelles que soient les circonstances, la France votera non parce qu’elle considère ce soir qu’il n’y a pas lieu de faire une guerre pour atteindre l’objectif que nous nous sommes fixé, c’est-à-dire le désarmement de l’Irak.

Omettre le « ce soir » fait croire que le refus de la France est gravé dans le marbre pour toute éternité. Modifier une citation n’est donc pas sans conséquence, parfois graves. Le but est presque toujours d’être plus tranchant, plus séduisant, plus vendeur. (N.B. Un livre d’Alexander Marinos est tout entier consacré à ce sujet délicat : « So habe ich das nicht gesagt » : die Authentizität der Redewiedergabe im nachrichtlichen Zeitungstext »). Lire la suite