14 Avr

Compassion communicationnelle

La compassion est sans aucun doute un beau, un noble sentiment. Elle a une pureté inhérente qui lui donne un voile d’innocence propre à mener quiconque au paradis sans passer par la case confession. Les hommes et les femmes politiques l’ont compris. Deux ouvrages que la revue Sciences humaines a recensés mettent en exergue la démocratie compassionnelle à laquelle on a pu assister lors de la présidentielle française de 2007: « La France morcelée » de Jean-Pierre Le Goff et « L’homme compassionnel » de Myriam Recault d’Allonnes. A en juger par les compte rendus, ces deux livres mettent le doigt sur « le pathos sentimental et victimaire » qui a caractérisé les campagnes électorales. L’aptitude à compatir est mise en évidence, non sans dangers que fait remarquer Héloïse Lhérété dans la revue:

Ce discours conduit à une confusion généralisée entre l’émotion et l’analyse, le temps médiatique et le temps de la compréhension, la morale et la politique.

Sans vouloir comparer l’incomparable, j’y vois un écho dans mes analyses avec le discours très victimaire du Maréchal Pétain:

En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat (17 juin 1940)

De Gaulle, de par sa nature, mais sans doute aussi par son sens de l’histoire s’est tenu à l’opposé du spectre de la compassion et du partage des sentiments. Dur, froid selon certains, il n’est pas l’homme des effusions. Ce qui ne signifie pas qu’il est un homme sans émotions. Sa compassion ne déborde pas hors des limites que lui impose « sa juste place » (Revault d’Allones). La compassion contemporaine, elle, est un jouet communicationnel dangereux. la démocratie peut-elle être émotionnelle ?

FacebookTwitterGoogle+LinkedInEmailPrintPartager