23 Sep

Une image de Merz

Le président de la Confédération n’apprécie guère les médias, c’est bien connu. Alors que son collègue gouvernemental et collègue de parti Hans-Rudolf Merz vient d’être frappé d’un accident cardio-vasculaire, Pascal Couchepin a tancé les médias qui ont publié une photo du ministre dans sa civière à son arrivée à l’hôpital de Berne. «C’est un nouveau pas dans la dégradation du respect de la personne» a-t-il notamment déclaré. Faut-il lui donner raison ? Je ne suis pas un spécialiste de l’éthique des médias, mais la question mérite quelque examen.

On a appris que les photos n’ont pas été volées. Un accord avait été donné aux photographes quand bien même la sortie de l’hélicoptère et le chemin vers les urgences sont des espaces privés, où le public est d’ordinaire interdit. En revanche, protection de la personnalité oblige, le visage n’aurait pas dû être reconnaissable. Ce qui n’a pas été le cas partout.

En matière d’éthique, il y a deux principes à connaître: la séparation de la sphère privée et de la sphère publique d’une part; l’examen de l’intérêt public et celui de l’intérêt DU public d’autre part. Concernant le premier aspect, à partir du moment où une autorisation a été demandée et fournie, la question de la sphère privée ne tient plus tout à fait. Mais l’hôpital avait-il vraiment le droit de décider au nom de la famille ? La question du secret en médecine n’est pas un vain mot et je suis surpris qu’une administration médicale ait donné aussi légèrement le droit de prendre des photos dans un lieu privé. Des excuses ont d’ailleurs été présentées à la famille. Même si le citoyen amené à l’hôpital n’avait rien d’ordinaire, il a aussi le droit au respect de sa personne.

Concernant l’intérêt du public, il est effectivement compréhensible. De la même manière que beaucoup  de personnes veulent voir un défunt avant de le mettre en terre, le pouvoir de l’image est de fixer des contours à une réalité que les mots n’arrivent pas à saisir. Il faut se fixer un référent pour appréhender la réalité. Mais l’intérêt du public joue avec les limites en matière de protection de la vie privée. Et c’est l’intérêt public qui permet parfois de réguler cette question. Ici, je vois mal l’intérêt public de photographier le conseiller fédéral inconscient sur une civière. L’image n’apporte rien de plus à la nouvelle, largement connue et commentée.  Et c’est bien pourquoi flouter le visage de H-R. Merz perdait tout intêret – autant prendre un anonyme alors.

Tout cela révèle assez bien que la politique est de plus en plus analogue au star-system. Nous n’avons plus affaire à des hommes et des femmes politiques, mais à des personnages, dont on admire ou on critique la performance. Lorsque des idées sont débattues, on dit souvent qu’il ne passe rien; lorsqu’un membre du gouvernement a un infarctus, brusquement, les rédactions sont en ébullition et la machine à scénarios se met en marche. Est-ce que tout cela ne nous dit pas quelque chose sur notre rapport à la démocratie et au pouvoir politique ?

Dernière mise à jour

#1 on 2008-Sep-23 mar  09:11+0

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