h_9_ill_724056_dieudonneJe lis dans Le Monde un titre censé être accrocheur mais ne l’est plus vraiment: “Dieudonné dérape une nouvelle fois”.  Cela pose problème : dire déraper présuppose que l’on se trouvait préalablement sur la ligne droite. Or, Dieudonné a quitté la route depuis un moment.

Dieudonné donc, humoriste de son état, a jugé drôle de remettre au négationniste Robert Faurisson, condamné à de multiples reprises pour avoir contesté un crime contre l’humanité, le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence.  Le “prix” a été apporté par un technicien, déguisé en déporté avec étoile jaune, son “habit de lumière”. Dans le public, selon Le Parisien, Jean-Marie Le Pen, parrain de la fille de Dieudonné, épisode sur lequel je n’épiloguerai pas tant cela m’énerve d’instrumentaliser ainsi un bambin, ainsi que toute une galaxie d’extrémistes de droite. Et surtout, des applaudissements, et des huées contre les médias bien-pensants et des piques lancées à deux reprises contre “des milices sionistes” ou les “milices d’occupation israéliennes”.  Drôle, non ? Non.

La provocation est calculée, filmée, préparée, et Dieudonné annonce déjà qu’il s’agit d’un “coup d’enfer” dont tous les médias parleront le lendemain. La vidéo qui témoigne de ce moment est extrêmement révélatrice, tout en faisant froid dans le dos.  Lisez la suite »

Depuis le 18 décembre 2008, le site www.rhetorique.org s’est ouvert. Il s’agit d’une plate-forme francophone d’informations et de débats académiques sur la rhétorique et/ou l’argumentation que j’ai construite avec le soutien de plusieurs chercheurs internationaux. Les traits de parenté avec ce site sont évidemment nombreux… L’ouverture du site a été annoncée à plus de 130 chercheurs qui ont eu affaire à la rhétorique et à l’argumentation. J’espère que la sauce prendra et que le site sera non seulement fréquenté mais alimenté par des équipes de recherche. Time will tell.

Douglas Walton avec Chris Reed et Fabrizio Macagno viennent de sortir une espèce de bible des schèmes argumentatifs (65 schèmes décrits…). Cette vieille question de la typologie des arguments retrouve toute sa vigueur après le classement par Perelman en 1958 qui est sans cesse cité mais au fond assez rarement utilisé. Dans ce nouveau livre de Walton – qui consacre quasiment un livre par raisonnement douteux (paralogisme, sophisme, fallacies) – les premières pages frappent par une phrase qui serait une révolution copernicienne dans la pensée de l’argumentation vue par Walton. Je la cite en anglais car je ne suis pas certain de ma traduction:

The special advantage of the present book is that it builds on this previous research on fallacies, moving through the paradigm shift to the new idea of coping with the revolutionary notion that such “fallacies” are no longer fallacies.

Ma traduction:

L’avantage particulier de cet ouvrage est qu’il se construit à partir des anciennes recherches sur les sophismes en opérant un changement de paradigme pour une nouvelle idée; adopter la notion révolutionnaire que de tels sopismes ne sont dorénavant plus des sophismes.

Alors que la logique informelle ne jurait que par les sophismes – malgré l’approche nuancée de certains (Groarke et Tindale dans “Good Reasoning Matters”) -, ce serait en effet un brusque et bienvenu changement de paradigme dans la très normative – et un brin utopique – logique informelle. Mon angoisse est la suivante: ma traduction est-elle la bonne ? Si une bonne âme veut bien me confirmer cela en commentaire… Si une autre bonne âme vouliat bien m’expliquer les raisons de ce revirment,je serais preneur. Les auteurs d’Argumentation Schemes, ne semblent -  d’après ce que j’ai lu – pas très diserts sur cette idée révoltionnaire…

J’apprécie énormément le blog de Piques et Répliques. Dani fait un travail remarquable de relevé des problèmes, mais aussi des points forts de la presse contemporaine. Il tombe sur le râble des journaux gratuits assez souvent, mais l’attaque n’est jamais gratuite, elle. Elle est au contraire religieusement documentée, décrite. Comment parle-t-on de la Finlande dans un journal gratuit? Il trie deux ans d’articles sur le sujet et en sort les éléments pertinents. De quoi parle-t-on dans la rubrique Economie ? Il récolte les titres sur deux semaines et nous laisse juger. A l’inverse de bien des intellectuels ou autres experts qui livrent des analyses très générales fondées sur des impressions – travers dans lequel je suis parfois tombé, souvent sous pression des médias – Dani commence par décrire en toute impartialité, par mettre les faits sur la table.

Dans son dernier billet, celui sur la rubrique Economie, il a relevé des titres tous intéressants  à divers titres (aucun par exemple qui expliquerait par le menu les enjeux et les causes de la crise boursière), mais certains montrent des récurrences étonnantes. Je cite:

- En une année, Bill Gates a perdu 6,3 milliards (Bill Gates chantant avec une guitare)

- Daniel Vasella gagne 82111 francs par jour ! (3 patrons souriants)

- Grâce à Titeuf, Zep s’est offert une propriété de 13, 2 millions de francs au coeur de Genève (La propriété)

- Combien gagne Bertrand Delanoë (Photo de l’intéressé)

- En 2007, leurs parfums ont rapporté 600′000 francs par jour aux Beckham (Les époux Beckham)

- Les patrons des sociétés de la Bourse suisse gagnent en moyenne 25′750 francs par jour

Nous avons donc 6 titres sur 14 jours qui portent sur les salaires ou la fortune des stars ou des patrons. Cette fréquence me semble si élevée qu’il peut difficilement s’agir de coïncidences. C’est donc que le sujet est considéré comme interpellant – ce qui est d’autant plus remarquable que la Suisse est connue pour le tabou sur l’argent. Demandez à votre voisin le salaire qu’il a et il y a de fortes chances qu’il vous regarde de travers. A part Gates qui voit sa fortune s’effondrer, il s’agit plutôt de donner le tournis avec des chiffres qui sont très souvent présentés en termes journaliers. A quoi cela sert? A qui profite l’exhibition de tels chiffres? Lisez la suite »

Je l’avoue, la lecture, dans Le Matin dimanche, de l’interview de la première rédactrice en chef d’un journal romand, Ariane Dayer, me faisait craindre le pire. A la lecture du premier numéro sous sa responsabilité et avec le nouvel habillage du Matin orange, l’ouragan qui s’annonçait à été rétrogradé en petite tempête.

Dimanche, Ariane Dayer confiait qu’elle aimerait pour sa première édition “un fait divers suisse mais sous le biais d’un témoignage fort”. Quant au people, ses propos étaient pour le moins clairs: “Mais je lis le people! Mon intention n’est pas de rhabiller les femmes. Nous sommes toutes obsédées, aujourd’hui, par notre sphère intime. Le people nous permet de nous projeter: est-elle mieux foutue que moi?”. Au lieu de chercher à combattre ce qui est décrit comme une obsession (a priori malsaine), elle veut l’entretenir, la développer.

On ne scie pas la branche sur laquelle on vient de s’asseoir et il est certain qu’Ariane Dayer n’allait pas pouvoir changer l’essence même du journal populaire – faits divers, people, sexe, sport sous l’angle humain. On ne peut pas demander au Matin de devenir le Temps. Mais ce qui m’inquiétait vraiment dans son propos, c’était l’idée qu’on allait refaire toujours plus de la même chose plutôt que faire autre chose. Aussi ai-je acheté le Matin nouvelle formule avec les épaules empreintes de lassitude résignée. Quand j’ai dû sortir 2 francs 20 tout en voyant cette Une désastreuse, j’ai failli laisser tomber. Et acheter un chocolat pour ses vertus anti-dépressives. Lisez la suite »

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