Comme des millions, peut-être des milliards de personnes dans le monde, j’ai entendu le discours d’investiture de Barack Obama. Comme pour beaucoup sans doute, c’est la première fois que j’entends un discours d’investiture en intégralité sur un nombre impressionnant de médias, signe de l’espoir fou que le monde place dans l’élection de ce nouveau président. Sans en faire l’analyse de détail, la rhétorique de Barack Obama m’a déçu: il n’avait pas cette flamboyance que j’attendais d’un aussi bon orateur. Mais, en temps de crise, c’était sans doute le ton juste, en accord avec le contenu même du discours. En l’écoutant, je me suis carrément dit que le discours était intéressant mais mauvais, mais en le relisant, je suis plutôt tenté de croire que c’est parce qu’il est sobre qu’il est, d’une certaine manière, bon.

Car ce qui émerge de ce discours, c’est d’abord une attitude. Le huitième mot du discours est “humbled”. Plus loin, il affirme que la sécurité du pays dépend de la justesse de notre cause, de la force de l’exemple, des qualités modératrices de l’humilité et de la retenue. Plus loin encore, il parle de “humble gratitude”. Parallèlement à cet abandon de la posture arrogante de Bush, Obama parle à plusieurs reprises de responsabilité.

Le second point qui émerge, c’est la gifle donnée à Bush. Comme de Gaulle lors du débarquement en 44 qui a prononcé un discours destiné à “envoyer faire foutre Eisenhower”, Obama envoie faire foutre Bush. Une phrase pour le remercier de son service à la nation et de l’accueil pendant la transition, tout le reste du discours démonte point par point les positions de son prédécesseur. Le discours d’Obama est un contre-discours par rapport à Bush.

Le troisième point qui émerge de ce discours, c’est l’emprunt massif à l’histoire et aux valeurs. Il faut pour Obama réajuster l’Amérique selon les lignes ancestrales des Founding Fathers, s’inspirer de leurs exemples et de leurs valeurs pour remettre la nation sur les rails. L’énorme programme annoncé par Obama se voit en quelque sorte légitimé par l’histoire et les valeurs du passé. La continuité historique est parlante:  “For us, they fought and died, in places like Concord (1775), Gettysburg (1863), Normandy (1944), and Khe Sanh (1968)”. L’action de demain est programmé par l’héritage du passé. Et ceux qui douteraient de l’ampleur du changement sont priés de revenir à l’histoire (“memories are short” ou, plus loin, “As we consider the road that unfolds before us, we remember with humble gratitude those brave Americans”). Le discours se finit même avec un récit de Washington n’abandonnant pas malgré les difficultés. Tout le discours vise à marquer la journée avec le souvenir (“mark this day with remembrance”) mais un souvenir qui est tourné vers l’action, puisque l’épisode de George Washington est l’éclairage du passé qui illumine la voie du futur: le discours se finit par “Et avec les yeux fixés sur l’horizon et la grâce de Dieu, nous avons continué à porter ce formidable cadeau de la liberté et l’avons donné aux générations futures“, mêlant ainsi héritage et programme.

Car le dernier aspect qui émerge aussi de ce discours, c’est, la plupart des médias l’ont souligné, le pragmatisme : “La question aujourd’hui n’est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s’il fonctionne”. Pas d’idéologie, pas “d’arguments politiques rancis”, pas de “dogmes éculés qui ont étouffé la vie politique”. Mais du travail, du travail, du travail. Une attitude très Sarkozo-stakhanoviste: on a du boulot devant nous, on a besoin des idées de tout le monde pour y arriver. Et donc pas de falbalas, pas de formule rhétorique inoubliable, pas de très grande envolée lyrique – même s’il y a du souffle, s’il y a de la puissance, tout cela est comme contenu par une nécessaire sobriété. Une sobriété un poil décevante.

h_9_ill_724056_dieudonneJe lis dans Le Monde un titre censé être accrocheur mais ne l’est plus vraiment: “Dieudonné dérape une nouvelle fois”.  Cela pose problème : dire déraper présuppose que l’on se trouvait préalablement sur la ligne droite. Or, Dieudonné a quitté la route depuis un moment.

Dieudonné donc, humoriste de son état, a jugé drôle de remettre au négationniste Robert Faurisson, condamné à de multiples reprises pour avoir contesté un crime contre l’humanité, le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence.  Le “prix” a été apporté par un technicien, déguisé en déporté avec étoile jaune, son “habit de lumière”. Dans le public, selon Le Parisien, Jean-Marie Le Pen, parrain de la fille de Dieudonné, épisode sur lequel je n’épiloguerai pas tant cela m’énerve d’instrumentaliser ainsi un bambin, ainsi que toute une galaxie d’extrémistes de droite. Et surtout, des applaudissements, et des huées contre les médias bien-pensants et des piques lancées à deux reprises contre “des milices sionistes” ou les “milices d’occupation israéliennes”.  Drôle, non ? Non.

La provocation est calculée, filmée, préparée, et Dieudonné annonce déjà qu’il s’agit d’un “coup d’enfer” dont tous les médias parleront le lendemain. La vidéo qui témoigne de ce moment est extrêmement révélatrice, tout en faisant froid dans le dos.  Lisez la suite »

Depuis le 18 décembre 2008, le site www.rhetorique.org s’est ouvert. Il s’agit d’une plate-forme francophone d’informations et de débats académiques sur la rhétorique et/ou l’argumentation que j’ai construite avec le soutien de plusieurs chercheurs internationaux. Les traits de parenté avec ce site sont évidemment nombreux… L’ouverture du site a été annoncée à plus de 130 chercheurs qui ont eu affaire à la rhétorique et à l’argumentation. J’espère que la sauce prendra et que le site sera non seulement fréquenté mais alimenté par des équipes de recherche. Time will tell.

Douglas Walton avec Chris Reed et Fabrizio Macagno viennent de sortir une espèce de bible des schèmes argumentatifs (65 schèmes décrits…). Cette vieille question de la typologie des arguments retrouve toute sa vigueur après le classement par Perelman en 1958 qui est sans cesse cité mais au fond assez rarement utilisé. Dans ce nouveau livre de Walton – qui consacre quasiment un livre par raisonnement douteux (paralogisme, sophisme, fallacies) – les premières pages frappent par une phrase qui serait une révolution copernicienne dans la pensée de l’argumentation vue par Walton. Je la cite en anglais car je ne suis pas certain de ma traduction:

The special advantage of the present book is that it builds on this previous research on fallacies, moving through the paradigm shift to the new idea of coping with the revolutionary notion that such “fallacies” are no longer fallacies.

Ma traduction:

L’avantage particulier de cet ouvrage est qu’il se construit à partir des anciennes recherches sur les sophismes en opérant un changement de paradigme pour une nouvelle idée; adopter la notion révolutionnaire que de tels sopismes ne sont dorénavant plus des sophismes.

Alors que la logique informelle ne jurait que par les sophismes – malgré l’approche nuancée de certains (Groarke et Tindale dans “Good Reasoning Matters”) -, ce serait en effet un brusque et bienvenu changement de paradigme dans la très normative – et un brin utopique – logique informelle. Mon angoisse est la suivante: ma traduction est-elle la bonne ? Si une bonne âme veut bien me confirmer cela en commentaire… Si une autre bonne âme vouliat bien m’expliquer les raisons de ce revirment,je serais preneur. Les auteurs d’Argumentation Schemes, ne semblent -  d’après ce que j’ai lu – pas très diserts sur cette idée révoltionnaire…

J’apprécie énormément le blog de Piques et Répliques. Dani fait un travail remarquable de relevé des problèmes, mais aussi des points forts de la presse contemporaine. Il tombe sur le râble des journaux gratuits assez souvent, mais l’attaque n’est jamais gratuite, elle. Elle est au contraire religieusement documentée, décrite. Comment parle-t-on de la Finlande dans un journal gratuit? Il trie deux ans d’articles sur le sujet et en sort les éléments pertinents. De quoi parle-t-on dans la rubrique Economie ? Il récolte les titres sur deux semaines et nous laisse juger. A l’inverse de bien des intellectuels ou autres experts qui livrent des analyses très générales fondées sur des impressions – travers dans lequel je suis parfois tombé, souvent sous pression des médias – Dani commence par décrire en toute impartialité, par mettre les faits sur la table.

Dans son dernier billet, celui sur la rubrique Economie, il a relevé des titres tous intéressants  à divers titres (aucun par exemple qui expliquerait par le menu les enjeux et les causes de la crise boursière), mais certains montrent des récurrences étonnantes. Je cite:

- En une année, Bill Gates a perdu 6,3 milliards (Bill Gates chantant avec une guitare)

- Daniel Vasella gagne 82111 francs par jour ! (3 patrons souriants)

- Grâce à Titeuf, Zep s’est offert une propriété de 13, 2 millions de francs au coeur de Genève (La propriété)

- Combien gagne Bertrand Delanoë (Photo de l’intéressé)

- En 2007, leurs parfums ont rapporté 600′000 francs par jour aux Beckham (Les époux Beckham)

- Les patrons des sociétés de la Bourse suisse gagnent en moyenne 25′750 francs par jour

Nous avons donc 6 titres sur 14 jours qui portent sur les salaires ou la fortune des stars ou des patrons. Cette fréquence me semble si élevée qu’il peut difficilement s’agir de coïncidences. C’est donc que le sujet est considéré comme interpellant – ce qui est d’autant plus remarquable que la Suisse est connue pour le tabou sur l’argent. Demandez à votre voisin le salaire qu’il a et il y a de fortes chances qu’il vous regarde de travers. A part Gates qui voit sa fortune s’effondrer, il s’agit plutôt de donner le tournis avec des chiffres qui sont très souvent présentés en termes journaliers. A quoi cela sert? A qui profite l’exhibition de tels chiffres? Lisez la suite »

« Anciennes entrées § Nouvelles entrées »

Better Tag Cloud