13 Déc

Plagiat sans honte

Troisième cas de plagiat détecté dans ma carrière. Je n’en fais pas une fixation, mais cette forme de pillage m’horripile. Or, je viens d’apprendre que deux requêtes au Fonds National de la Recherche Scientifique ont commis des plagiats. Je ne comprends pas comment on peut s’exposer ainsi à une telle honte publique. Mais je suis peut-être d’une autre époque.

D’après un logiciel de langue française, les co-occurrences les plus fréquentes du plagiat sont « éhonté », « flagrant » et « pur et simple ». Bientôt, je fais le pari que ce sera « lutte contre », « fléau » et « détecteur » qui remplaceront ce trio. Parce que la question de la honte, elle, me semble devenue très relative: on peut même se demander si certains auteurs ne vont pas défendre le plagiat comme acte de création. Les affaires se multiplient : j’ai entendu une affaire de doctorat obtenu puis retiré pour cause de plagiat en Belgique, on a évidemment pris connaissance du cas PPDA, le monde universitaire est sérieusement ébranlé tant par les plagiats estudiantins – les Facultés se dotent de plus en plus de détecteurs – que, plus grave encore, par ceux des chercheurs. On pense à deux cas très limite qui ont fait couler beaucoup d’encre, mais qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg. On pense aussi au cas du baron Guttenberg, ministre allemand qui a dû se retirer de la vie politique, au livre de Rama Yade ou à celui de Macé-Scarron – et tout cela en 2011.

L’université lutte comme jamais, évidemment. Il faut dire que l’informatique, puis Internet, ont rendu le plagiat extrêmement facile. Et, par conséquent, extrêmement courant. Une des universités où je travaille a mis en place une directive, une autre vient de me proposer un cours sur le détecteur acquis par la Faculté. Mais si  les plagiats « purs et simples » sont les plus faciles à repérer, il se crée sans doute des vols d’idées et/ou de propos bien plus complexes dans les officines estudiantines et les labos de recherche, des cas moins évidents, même pour un détecteur. Il m’est arrivé d’avoir un doute, un peu comme si le taux d’hématocrite était un peu élevé mais encore dans la norme. Quelques synonymes, des copies de morceaux courts bien mélangés, et il est en effet possible de faire illusion. Comme pour le dopage, on peut se demander si on rattrapera le temps de retard. A ceci près que plus un plagiat devient ingénieux, moins il devient intéressant d’en commettre un : autant vraiment bosser que perdre du temps à tricher.

Mais ce qui me surprend le plus – et on voit que je ne suis pas exposé au monde judiciaire – c’est la faculté que les êtres humains pris en flagrant délit d’un plagiat éhonté ont à préserver malgré tout leur face. Quand je montre aux étudiants plagiaires mes preuves, j’attends de les voir tête basse et joues rouges dans l’attente de la sanction. Or, certains jouent l’ignorance des règles (« ah ! on peut pas faire comme ça? »), refusent d’admettre l’évidence, trouvent l’accusation injuste, estiment que la faute est vénielle ou disent que les mots de l’auteur plagié étaient tellement à l’unisson de ce qu’on pense qu’on n’arrivait pas à écrire autrement. D’autres jouent la carte de l’appel à la pitié, de la nécessité due à la pression, admettant, ce faisant la faute commise, mais demandant les circonstances atténuantes. Aucun ne m’a jamais dit « OK, j’ai joué et j’ai perdu ». Cette absence de dignité dans la faute est fascinante. Mais son corollaire est qu’elle repousse la pression sur les épaules de la personne qui découvre le plagiat; ce dernier doit assumer la dénonciation malgré les appels à la clémence, les protestations d’innocence et les reproches de coeur de pierre. A se demander qui a le plus mal au final: le plagiaire ou celui qui découvre le plagiat ?

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#1 on 2011-Déc-13 mar  12:06+0

#2 on 2011-Déc-13 mar  12:39+0

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