23 Sep

Une image de Merz

Le président de la Confédération n’apprécie guère les médias, c’est bien connu. Alors que son collègue gouvernemental et collègue de parti Hans-Rudolf Merz vient d’être frappé d’un accident cardio-vasculaire, Pascal Couchepin a tancé les médias qui ont publié une photo du ministre dans sa civière à son arrivée à l’hôpital de Berne. «C’est un nouveau pas dans la dégradation du respect de la personne» a-t-il notamment déclaré. Faut-il lui donner raison ? Je ne suis pas un spécialiste de l’éthique des médias, mais la question mérite quelque examen.

On a appris que les photos n’ont pas été volées. Un accord avait été donné aux photographes quand bien même la sortie de l’hélicoptère et le chemin vers les urgences sont des espaces privés, où le public est d’ordinaire interdit. En revanche, protection de la personnalité oblige, le visage n’aurait pas dû être reconnaissable. Ce qui n’a pas été le cas partout. Lire la suite

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30 Avr

Le goût des zones d’ombre

De manière générale, il est rassurant d’avoir des frontières claires et nettes entre le blanc et le noir, le bon et le mauvais, l’utile et le nuisible. Le manichéisme est moins affaire de jugement d’ailleurs que de classement. Un jugement nécessite des attendus, des arguments, des justifications. Un classement pas forcément. Même s’il repose intrinsèquement sur une argumentation supposée. Il est ainsi plus facile de dire d’un film qu’il est génial que d’en démontrer son supposé génie. L’avantage du classement, en outre, est de donner une position sociale, dire qui on est pour l’autre et éventuellement, partager les mêmes avis, sans pour autant avoir besoin de laborieuses justifications.

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14 Avr

Compassion communicationnelle

La compassion est sans aucun doute un beau, un noble sentiment. Elle a une pureté inhérente qui lui donne un voile d’innocence propre à mener quiconque au paradis sans passer par la case confession. Les hommes et les femmes politiques l’ont compris. Deux ouvrages que la revue Sciences humaines a recensés mettent en exergue la démocratie compassionnelle à laquelle on a pu assister lors de la présidentielle française de 2007: « La France morcelée » de Jean-Pierre Le Goff et « L’homme compassionnel » de Myriam Recault d’Allonnes. A en juger par les compte rendus, ces deux livres mettent le doigt sur « le pathos sentimental et victimaire » qui a caractérisé les campagnes électorales. L’aptitude à compatir est mise en évidence, non sans dangers que fait remarquer Héloïse Lhérété dans la revue:

Ce discours conduit à une confusion généralisée entre l’émotion et l’analyse, le temps médiatique et le temps de la compréhension, la morale et la politique.

Sans vouloir comparer l’incomparable, j’y vois un écho dans mes analyses avec le discours très victimaire du Maréchal Pétain:

En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat (17 juin 1940)

De Gaulle, de par sa nature, mais sans doute aussi par son sens de l’histoire s’est tenu à l’opposé du spectre de la compassion et du partage des sentiments. Dur, froid selon certains, il n’est pas l’homme des effusions. Ce qui ne signifie pas qu’il est un homme sans émotions. Sa compassion ne déborde pas hors des limites que lui impose « sa juste place » (Revault d’Allones). La compassion contemporaine, elle, est un jouet communicationnel dangereux. la démocratie peut-elle être émotionnelle ?