Réflexions

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J’apprécie énormément le blog de Piques et Répliques. Dani fait un travail remarquable de relevé des problèmes, mais aussi des points forts de la presse contemporaine. Il tombe sur le râble des journaux gratuits assez souvent, mais l’attaque n’est jamais gratuite, elle. Elle est au contraire religieusement documentée, décrite. Comment parle-t-on de la Finlande dans un journal gratuit? Il trie deux ans d’articles sur le sujet et en sort les éléments pertinents. De quoi parle-t-on dans la rubrique Economie ? Il récolte les titres sur deux semaines et nous laisse juger. A l’inverse de bien des intellectuels ou autres experts qui livrent des analyses très générales fondées sur des impressions – travers dans lequel je suis parfois tombé, souvent sous pression des médias – Dani commence par décrire en toute impartialité, par mettre les faits sur la table.

Dans son dernier billet, celui sur la rubrique Economie, il a relevé des titres tous intéressants  à divers titres (aucun par exemple qui expliquerait par le menu les enjeux et les causes de la crise boursière), mais certains montrent des récurrences étonnantes. Je cite:

- En une année, Bill Gates a perdu 6,3 milliards (Bill Gates chantant avec une guitare)

- Daniel Vasella gagne 82111 francs par jour ! (3 patrons souriants)

- Grâce à Titeuf, Zep s’est offert une propriété de 13, 2 millions de francs au coeur de Genève (La propriété)

- Combien gagne Bertrand Delanoë (Photo de l’intéressé)

- En 2007, leurs parfums ont rapporté 600′000 francs par jour aux Beckham (Les époux Beckham)

- Les patrons des sociétés de la Bourse suisse gagnent en moyenne 25′750 francs par jour

Nous avons donc 6 titres sur 14 jours qui portent sur les salaires ou la fortune des stars ou des patrons. Cette fréquence me semble si élevée qu’il peut difficilement s’agir de coïncidences. C’est donc que le sujet est considéré comme interpellant – ce qui est d’autant plus remarquable que la Suisse est connue pour le tabou sur l’argent. Demandez à votre voisin le salaire qu’il a et il y a de fortes chances qu’il vous regarde de travers. A part Gates qui voit sa fortune s’effondrer, il s’agit plutôt de donner le tournis avec des chiffres qui sont très souvent présentés en termes journaliers. A quoi cela sert? A qui profite l’exhibition de tels chiffres? Lisez la suite »

Je l’avoue, la lecture, dans Le Matin dimanche, de l’interview de la première rédactrice en chef d’un journal romand, Ariane Dayer, me faisait craindre le pire. A la lecture du premier numéro sous sa responsabilité et avec le nouvel habillage du Matin orange, l’ouragan qui s’annonçait à été rétrogradé en petite tempête.

Dimanche, Ariane Dayer confiait qu’elle aimerait pour sa première édition “un fait divers suisse mais sous le biais d’un témoignage fort”. Quant au people, ses propos étaient pour le moins clairs: “Mais je lis le people! Mon intention n’est pas de rhabiller les femmes. Nous sommes toutes obsédées, aujourd’hui, par notre sphère intime. Le people nous permet de nous projeter: est-elle mieux foutue que moi?”. Au lieu de chercher à combattre ce qui est décrit comme une obsession (a priori malsaine), elle veut l’entretenir, la développer.

On ne scie pas la branche sur laquelle on vient de s’asseoir et il est certain qu’Ariane Dayer n’allait pas pouvoir changer l’essence même du journal populaire – faits divers, people, sexe, sport sous l’angle humain. On ne peut pas demander au Matin de devenir le Temps. Mais ce qui m’inquiétait vraiment dans son propos, c’était l’idée qu’on allait refaire toujours plus de la même chose plutôt que faire autre chose. Aussi ai-je acheté le Matin nouvelle formule avec les épaules empreintes de lassitude résignée. Quand j’ai dû sortir 2 francs 20 tout en voyant cette Une désastreuse, j’ai failli laisser tomber. Et acheter un chocolat pour ses vertus anti-dépressives. Lisez la suite »

Le président de la Confédération n’apprécie guère les médias, c’est bien connu. Alors que son collègue gouvernemental et collègue de parti Hans-Rudolf Merz vient d’être frappé d’un accident cardio-vasculaire, Pascal Couchepin a tancé les médias qui ont publié une photo du ministre dans sa civière à son arrivée à l’hôpital de Berne. «C’est un nouveau pas dans la dégradation du respect de la personne» a-t-il notamment déclaré. Faut-il lui donner raison ? Je ne suis pas un spécialiste de l’éthique des médias, mais la question mérite quelque examen.

On a appris que les photos n’ont pas été volées. Un accord avait été donné aux photographes quand bien même la sortie de l’hélicoptère et le chemin vers les urgences sont des espaces privés, où le public est d’ordinaire interdit. En revanche, protection de la personnalité oblige, le visage n’aurait pas dû être reconnaissable. Ce qui n’a pas été le cas partout. Lisez la suite »

De manière générale, il est rassurant d’avoir des frontières claires et nettes entre le blanc et le noir, le bon et le mauvais, l’utile et le nuisible. Le manichéisme est moins affaire de jugement d’ailleurs que de classement. Un jugement nécessite des attendus, des arguments, des justifications. Un classement pas forcément. Même s’il repose intrinsèquement sur une argumentation supposée. Il est ainsi plus facile de dire d’un film qu’il est génial que d’en démontrer son supposé génie. L’avantage du classement, en outre, est de donner une position sociale, dire qui on est pour l’autre et éventuellement, partager les mêmes avis, sans pour autant avoir besoin de laborieuses justifications.

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La compassion est sans aucun doute un beau, un noble sentiment. Elle a une pureté inhérente qui lui donne un voile d’innocence propre à mener quiconque au paradis sans passer par la case confession. Les hommes et les femmes politiques l’ont compris. Deux ouvrages que la revue Sciences humaines a recensés mettent en exergue la démocratie compassionnelle à laquelle on a pu assister lors de la présidentielle française de 2007: “La France morcelée” de Jean-Pierre Le Goff et “L’homme compassionnel” de Myriam Recault d’Allonnes. A en juger par les compte rendus, ces deux livres mettent le doigt sur “le pathos sentimental et victimaire” qui a caractérisé les campagnes électorales. L’aptitude à compatir est mise en évidence, non sans dangers que fait remarquer Héloïse Lhérété dans la revue:

Ce discours conduit à une confusion généralisée entre l’émotion et l’analyse, le temps médiatique et le temps de la compréhension, la morale et la politique.

Sans vouloir comparer l’incomparable, j’y vois un écho dans mes analyses avec le discours très victimaire du Maréchal Pétain:

En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat (17 juin 1940)

De Gaulle, de par sa nature, mais sans doute aussi par son sens de l’histoire s’est tenu à l’opposé du spectre de la compassion et du partage des sentiments. Dur, froid selon certains, il n’est pas l’homme des effusions. Ce qui ne signifie pas qu’il est un homme sans émotions. Sa compassion ne déborde pas hors des limites que lui impose “sa juste place” (Revault d’Allones). La compassion contemporaine, elle, est un jouet communicationnel dangereux. la démocratie peut-elle être émotionnelle ?

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