05 Mar

Au fil des discours

Au fil des discours, la rhétorique de Charles de Gaulle (1940-1945) vient de paraître.

Il s’agit de la deuxième partie de ma thèse de doctorat, remaniée, que publie les éditions Lambert-Lucas. Il s’agit de sept discours de guerre de Charles de Gaulle analysés aussi finement que j’ai pu. J’ai conçu ce livre en ayant comme auditoire possible les historiens, donc j’ai essayé de ne pas jargonner pour rendre aussi accessible que possible ce texte à toute personne intéressée soit par la rhétorique gaullienne, soit par la personnalité de Charles de Gaulle, soit par l’histoire de la Seconde guerre mondiale… Le livre coûte 22 euros et peut être commandé sur le site des éditions : www.lambert-lucas.com

N.B. La première partie de ma thèse, plus technique, sur le rapport entre rhétorique et analyse de discours (AD), proposera des outils d’analyse rhétorique revus par l’AD et les travaux sur l’argumentation. Je suis en train d’achever la manuscrit après une révision toale et profonde du texte. A suivre…

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29 Sep

Rhétorique populiste et appels à la peur

Dans le cadre impressionnant du 4e festival de philosophie, qui s’est déroulé du 25 au 28 septembre 2008, j’ai été invité pour présenter la question de la rhétorique populiste et des appels à la peur. J’en ai profité pour faire un point plus technique sur la question de l’émotion et de la raison. Destinée à un grand public, même si le propos peut apparaître finalement assez dense, la conférence s’est portée sur une cible assez facile : une interview récente d’Oskar Freysinger, mais aussi, pour contrebalancer le discours assez délirant du trublion valaisan, tous les communiqués UDC du mois d’août. Ce qui ne vet pas dire que d’autres partis ne recourent pas à l’appel à la peur, voire au populisme…

La conférence

Les textes et la biblio

Le powerpoint

09 Sep

Julian Baggini: « Le canard qui a gagné au loto »

Julian Baggini, je le confesse, est un type qui m’énerve. Il écrit beaucoup et bien. Il a beaucoup d’humour et de finesse. Il a écrit cette merveille de vulgarisation philosophique qu’est « Le cochon qui voulait être mangé » (et qui permet de redécouvrir la grotte de Platon, l’âne de Buridan, et quantité de dilemmes éthiques). Il a aussi écrit ce « Do you Think what you Think you Think? » dont rien que le titre vaut l’achat. Il s’intéresse de près à la pensée critique et vient tout juste de publier « The Duck that Won the Lottery and 99 Other Bad Arguments » qui se présente sous la même facture que le cochon. J’aurais aimé être lui. Il est bourré de talents. Il m’énerve.

« The Duck that Won the Lottery » est fondé sur l’histoire d’un couple qui a reçu un origami de canard dans un restaurant chinois. Le propriétaire a affirmé qu’il s’agit d’un signe de chance. Le week-end d’après, paf, le couple gagne 1 million de livres sterling à la loterie. D’où un lien de case à effet entre le canard et la somme gagnée. Un raisonnement déjà décrit ici comme post hoc ergo propter hoc. Mais ce n’est qu’un des 100 exemples donnés par Baggini. Qui a en outre la délicatesse de ne pas stigmatiser ceux qui font ces raisonnements un peu faiblards, voire de rebondir à partir de cet exemple et de l’explication pour donner une réflexion plus générale. Si on va mieux après avoir pris un médicament, est-ce que cela montre vraiment que le médicament fonctionne bien ?

Un autre exemple: « Hillary Clinton, habillée en costume brun, chemise et bijoux turquoises, a circulé à travers la pièce en parlant « d’aires d’expertise » aux ouvriers métallurgistes ». Baggini révèle à juste titre que l’habillement féminin est nettement plus décrit que le costume des hommes. Manque de variété des complets masculins ? Peut-être, mais le fait est que parler des habits qu’elle porte sans qu’il y ait de rapports étroits avec la news sape quelque peu le sérieux dont on peut créditer Hillary Clinton en l’occurrence. « En mettant de l’importance sur ce qu’elle porte, vous limitez un peu l’importance de ce qu’elle dit », dixit Baggini.

Bref, ce livre est un régal qui mérite une traduction française dès que possible. Son talent de vulgarisateur se confirme, mais il propose aussi des « bad arguments » qu’on ne lit jamais ailleurs dans la littérature sur les paralogismes ou sophismes. Je vous laisse là, je dois continuer ma lecture…

01 Sep

Etudes sur la presse gratuite

La presse gratuite n’est pas une évolution de la presse quotidienne, mais bien une révolution. Dans le sens où le mur entre publicité et rédaction est poreux sinon brisé, où le journal n’est plus un instrument civique ou démocratique, mais un produit et, de manière corollaire, le lecteur, un client. L’image, mais plus encore, la fonction du journalisme dans une société démocratique est changée. Est-ce à craindre ou à louer? Ce que l’on perd – de la substance, un rôle de chien de garde – me semble plus important que ce que l’on gagne – des journaux plus attractifs, plus vite lus, plus jeunes et plus émotionnels, capables d’occuper le temps dans les trains. Encore est-il possible de compenser – par exemple en étant double lecteur. Qu’on aime et qu’on n’aime pas, ce type récent de presse secoue le cocotier et nous oblige à réfléchir ou à réagir. Avec une équipe d’étudiants, nous avons pris le temps d’y réfléchir et de proposer un première série d’études sur le cas romand. C’est à lire ici.

L’émission Médialogues (RSR), s’est penchée sur ces travaux mercredi 3 septembre 2008. Le podcast de l’émission est téléchargeable ici.

14 Août

Narratio et argumentation

Argumentation et narration (ss. la dir. d'E. Danblon & al.)

Paru en septembre 2008, ce chapitre du livre « Argumentation et narration » (éd. de l’ULB) tente de faire le point sur la nature argumentative de la narratio, cette partie de plan rhétorique (dispositio) entre l’exorde et la confirmation.

En toute franchise, ce n’est pas mon meilleur écrit – trop théorique et trop abstrait à mon goût – mais il me semble que j’y soulève un point qui mérite quelque intérêt: « la question essentielle du statut extraordinairement convaincant du « fait » construit en discours », selon Emmanuelle Danblon qui signe la préface. Ce qui me permet de proposer une démarche d’inspiration herméneutique pour rendre compte de l’argumentativité d’un récit apparemment neutre.

La quatrième de couverture :

Au cœur de la modernité, il serait vain de discuter le fait que l’argumentation et la narration relèvent de deux registres de discours bien distincts.

D’un côté, la narration a pour fonction de représenter des événements, de donner du sens à une situation, de construire un récit auquel une communauté ou un individu peut s’identifier. Ainsi, la narration aurait pour visée première, essentielle, de donner du sens au monde, individuellement ou collectivement.

D’un autre côté, l’argumentation est reconnue comme une fonction supérieure du langage, dont la visée complexe est de convaincre ou de persuader autrui, et cela, le plus souvent, en vue de lui faire prendre une décision.

Pourtant, au-delà de cette distinction essentielle, les traditions philosophiques, linguistiques mais aussi psychologiques ou juridiques, n’ont jamais manqué d’observer des liens, des interactions et même parfois des rapprochements spectaculaires entre narration et argumentation. Questionner ces liens revient essentiellement à réévaluer notre vision de la rationalité, mise en œuvre par la parole publique. Au-delà d’un clivage figé et, pour tout dire, artificiel entre raison logique et émotions romantiques, se trouve manifestée une raison rhétorique qui sait mettre en récit ses arguments et incarner ses décisions dans l’expérience humaine.

L’enquête qu’on va lire à travers des contributions de diverses disciplines montre très concrètement que la puissance heuristique de la narration est un levier indispensable à toute pratique de l’argumentation. Mais elle montre aussi que si les deux registres concourent ensemble à une rationalité pleinement incarnée, ils ne se confondent jamais totalement.
La table des matières (pdf)