12 Jan

La Poste comme Nestlé, puissance de l’analogie

Claude Béglé aux prises avec sa propre rhétorique (keystone)

Les ennuis de Claude Béglé, à la tête du CA de La Poste, sont imputables à plusieurs facteurs (si j’ose dire). Dont le premier est sans doute une affaire de communication. Dans un contexte pas facile de réduction du courrier et de maintien nécessaire du service universel, l’élément déclenchant la crise me semble être une simple analogie. Le 20 décembre, Claude Béglé lance « La Poste doit devenir comme Nestlé ». La dépêche ats qui reprend et diffuse l’interview enfonce le clou: « Pour comparaison, La Poste – qui compte 44’000 emplois équivalent plein temps – a réalisé un chiffre d’affaires de quelque 9 milliards de francs en 2008. Le géant alimentaire Nestlé – qui occupe 283’000 personnes à travers le monde – a vu son chiffre d’affaires atteindre les 110 milliards de francs l’an dernier. » La comparaison purement factuelle en apparrence peut/doit se lire comme une « preuve » de la mégalomanie de Claude Béglé. D’où une levée de boucliers.

Oui mais. Comparaison n’est pas raison, dit l’adage. Pourquoi liriez-vous dans « La Poste doit devenir comme Nestlé », « La Poste doit devenir Nestlé » en occultant le « comme » qui fait tout le problème mais aussi toute la saveur de l’analogie? En choisisssant un exemple parlant d’une entreprise suisse qui s’est imposée dans le monde, Claude Béglé a choisi un raccourci porteur et convaincant. Une très bonne manière de faire de la rhétorique efficace, mais qui comporte le risque d’un « tranfert d’évidence » (Marc Angenot) entre deux entreprises qui va bien plus loin que la simple ressemblance. Si l’analogie est prise au sérieux, si on en dissèque scientifiquement les points de ressemblance et de divergence, elle se voit coupée de son potentiel rhétorique pour être considérée sur le plan rationnel (en ce sens, l’analogie est l’ennemi intime de l’écrit scientifique). L’analogie n’est jamais rationnelle et juste,  mais c’est utiliser la kalashnikov au lieu du pistolet à bouchons, d’une efficacité tellement redoutable qu’elle devrait être entourée d’un bandeau de prévention du type « La fumée tue ». C’est pour cela qu’elle est savoureuse et que l’on résiste difficielement à son emploi – ma phrase précédente en comporte d’ailleurs deux. Claude Béglé fait aujourd’hui l’amère expérience des aléas de l’analogie. Aujourd’hui, il se voit contraint de dire qu’ « il regrette par exemple certaines incompréhensions ou fausses citations lorsqu’il a fait des comparaisons entre La Poste et Nestlé ou Google« .

Dernière mise à jour

#1 on 2010-Jan-12 mar  01:38+0

#2 on 2010-Jan-12 mar  01:39+0

#3 on 2010-Jan-12 mar  01:39+0

#4 on 2010-Jan-12 mar  01:04+0

#5 on 2010-Jan-12 mar  01:21+0

FacebookTwitterGoogle+LinkedInEmailPrintPartager