Hollande, une anguille ? C’est du flan!

Fascinant débat présidentiel, hier: l’impression d’avoir assisté à un match de boxe ou de tennis. Dans un premier temps, Hollande, qui avait l’avantage de servir en premier, s’est fait breaker d’entrée: il ne sait pas où poser le regard, ne répond pas à la question de Laurence Ferrari pour se lancer dans un discours très convenu, peu concret, un peu bateau. Sarkozy monte au filet renvoie le service puissamment, en répondant à la question et en jouant la dissociation entre les mots, ceux de Hollande, et les faits. Le coup est presque gagnant. Il ajoute alors un coup qui aurait pu faire mal plus tard dans le débat et lance de lui-même la question du bilan “l’absence de violences” pendant cinq ans : or, ce n’était pas l’heure d’abattre cette carte; pour moi, il grille une cartouche trop tôt. Il n’en reste pas moins que Sarkozy fait en enchaînement en coup droit décroisé puis montée à la volée : “Il y a ceux qui parlent de rassemblement et ceux qui le font vivre” lui permet en effet de monter au filet et d’asséner trois exemples concrets, loin des abstractions de Hollande. Ce dernier tente de défendre par des contre-exemples mauvais, subit un blanc, perd nettement le premier jeu.

Reste que les exemples choisis par Sarkozy mettent en scène des questions de personne. Dans le jeu suivant, Hollande, distancé, reprend la main “vous aurez du mal à vous faire passer pour une victime”. On voit la tactique : rester au plus près des faits et du bilan et ne pas personnaliser ou passionner le débat. Sarkozy semble accepter le contrat – mais cela lui desservira. A partir de là, Hollande, reprend du terrain; le débat entre dans dans les questions économiques et Hollande lâche assez vite: “dix ans au pouvoir” (en combinant présidence et ministère). De ce fait, il porte une attaque sur laquelle Sarkozy ne réagit pas tout de suite. Au contraire, il va s’enferrer à montrer que François Hollande ne connaît rien, n’a pas d’expérience : “Savez-vous combien?” lance-t-il sans laisser à Hollande la possibilité de donner une réponse, “Vous devriez connaître les chiffres”, “vos chiffres sont faux”. Les coups pleuvent, mais Hollande renvoie la balle assez systématiquement, reste calme et sûr de lui comme de ses chiffres. En fait, la tactique hollandaise (je me retiens de parler de sauce) contestera assez systématiquement les chiffres: il montre ainsi qu’il est bien préparé et sûr de son fait.

Alors que Sarkozy tente la déstabilisation personnelle, Hollande attaque le bilan sur le faits, mais non sur la personne, tout en détaillant son programme. Sarkozy est pris entre deux fronts: il doit à la fois défendre son bilan et attaquer le programme de Hollande. Du coup, il n’arrive plus à conduire le débat. Hollande se fait Nadal : il étouffe l’autre qui n’arrive pas à déployer ses coups, qui ne peut pas parler de son programme parce qu’il doit répondre aux attaques de son adversaire. Pris à la gorge, me semble-t-il, Sarkozy se fait ironique, attaque ad hominem (“Si éloigné des dossiers”), alors que Hollande a montré qu’il semblait maîtriser pas mal de dossiers, et se laisse à le traiter de menteur. Or, cette attaque avait déjà été esquivée une première fois. Réplique cinglante “de la part de tout autre, ce serait insupportable, mais dans votre bouche, c’est une habitude”: l’attaque ne porte pas. Hollande réplique d’ailleurs par l’argument de la contradiction entre les paroles et les actes : grosso modo, vous aviez dit de laisser les invectives de côté plus tôt et vous calomniez maintenant. Sarkozy me semble perdre pied.

Le coup d’estoc qui signe la fin de premier set, sinon la fin du match est évidemment celui-ci:

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Magnifique anaphore rhétorique : 15 phrases commençant par “moi, président de la république”. Dislocation à gauche, extension donnée au pronom par une apposition nominale : la structure choisie semble effacer le caractère hypothétique de la proposition. L’absence du “si”, même s’il est implicitement présent, permet de marteler l’idée “Hollande président”, exactement de la même manière que le slogan “Mitterrand président” avait créé un effet d’évidence. Trois minutes durant lesquelles Sarkozy laisse faire. Grand moment de rhétorique.

Il est d’usage pour les médias de chercher à savoir “qui a gagné”: c’est bien l’idée que le débat est spectacle et je l’ai considéré comme tel. À l’heure où j’écris ces lignes, le consensus semble aller pour un match nul. J’en suis assez surpris. Je pense, pour reprendre l’analogie de la boxe, qu’il n’y a effectivement pas eu de KO,mais Hollande, malmené dans le premier round, a vaincu aux points. Et les trois minutes de la vidéo ci-dessous n’auraient pas été possibles si Sarkozy l’avait poussé dans les cordes. Il faut aussi dire, à la décharge du président actuel, que la partie était plus facile à jouer pour Hollande que pour Sarkozy… A mon sens, Hollande a fini par gagner; du moins, il n’a pas perdu.

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  1. manu’s avatar

    Excellente analyse que je partage. Hormis un départ un peu mou et convenu, je n’ai vu Hollande vraiment en difficulté que lors du traitement des centres de rétention. Manifestement pris de court (pour continuer dans la métaphore à 2 balles (jaunes et au service)), Hollande ne se dépètre qu’en fuyant.
    Je reste surpris aussi par les commentaire des journaux qui les donnent à égalité, peut-être parce que j’avais imaginer un Hollande moins sûr de lui.

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