septembre 2008

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Je l’avoue, la lecture, dans Le Matin dimanche, de l’interview de la première rédactrice en chef d’un journal romand, Ariane Dayer, me faisait craindre le pire. A la lecture du premier numéro sous sa responsabilité et avec le nouvel habillage du Matin orange, l’ouragan qui s’annonçait à été rétrogradé en petite tempête.

Dimanche, Ariane Dayer confiait qu’elle aimerait pour sa première édition “un fait divers suisse mais sous le biais d’un témoignage fort”. Quant au people, ses propos étaient pour le moins clairs: “Mais je lis le people! Mon intention n’est pas de rhabiller les femmes. Nous sommes toutes obsédées, aujourd’hui, par notre sphère intime. Le people nous permet de nous projeter: est-elle mieux foutue que moi?”. Au lieu de chercher à combattre ce qui est décrit comme une obsession (a priori malsaine), elle veut l’entretenir, la développer.

On ne scie pas la branche sur laquelle on vient de s’asseoir et il est certain qu’Ariane Dayer n’allait pas pouvoir changer l’essence même du journal populaire – faits divers, people, sexe, sport sous l’angle humain. On ne peut pas demander au Matin de devenir le Temps. Mais ce qui m’inquiétait vraiment dans son propos, c’était l’idée qu’on allait refaire toujours plus de la même chose plutôt que faire autre chose. Aussi ai-je acheté le Matin nouvelle formule avec les épaules empreintes de lassitude résignée. Quand j’ai dû sortir 2 francs 20 tout en voyant cette Une désastreuse, j’ai failli laisser tomber. Et acheter un chocolat pour ses vertus anti-dépressives. Lisez la suite »

Dans le cadre impressionnant du 4e festival de philosophie, qui s’est déroulé du 25 au 28 septembre 2008, j’ai été invité pour présenter la question de la rhétorique populiste et des appels à la peur. J’en ai profité pour faire un point plus technique sur la question de l’émotion et de la raison. Destinée à un grand public, même si le propos peut apparaître finalement assez dense, la conférence s’est portée sur une cible assez facile : une interview récente d’Oskar Freysinger, mais aussi, pour contrebalancer le discours assez délirant du trublion valaisan, tous les communiqués UDC du mois d’août. Ce qui ne vet pas dire que d’autres partis ne recourent pas à l’appel à la peur, voire au populisme…

La conférence

Les textes et la biblio

Le powerpoint

Le président de la Confédération n’apprécie guère les médias, c’est bien connu. Alors que son collègue gouvernemental et collègue de parti Hans-Rudolf Merz vient d’être frappé d’un accident cardio-vasculaire, Pascal Couchepin a tancé les médias qui ont publié une photo du ministre dans sa civière à son arrivée à l’hôpital de Berne. «C’est un nouveau pas dans la dégradation du respect de la personne» a-t-il notamment déclaré. Faut-il lui donner raison ? Je ne suis pas un spécialiste de l’éthique des médias, mais la question mérite quelque examen.

On a appris que les photos n’ont pas été volées. Un accord avait été donné aux photographes quand bien même la sortie de l’hélicoptère et le chemin vers les urgences sont des espaces privés, où le public est d’ordinaire interdit. En revanche, protection de la personnalité oblige, le visage n’aurait pas dû être reconnaissable. Ce qui n’a pas été le cas partout. Lisez la suite »

En page 10 du Matin dimanche du 14 septembre, on trouve le titre d’une interview-choc: “Les Suisses vont financer le terrorisme avec leurs économies“. L’interviewé: l’inévitable Oskar Freysinger. L’interview appelle une double analyse: celle du discours de l’UDC, celle du traitement journalistique de l’information.

Les propos d’Oskar Freysinger

Le journaliste du Matin avait sorti la veille un papier sur la finance islamique. En gros, il y a au Moyen-Orient des énormes moyens et un énorme marché pour proposer des produits financiers compatibles avec l’islam : pas de spéculation, pas d’intérêts. L’UBS met le paquet sur ce marché qui est à l’opposé des subprime. Cela pose évidemment des questions éthiques, dont le monde de l’argent ne se préoccupe guère. Et qui ne sont guère fouillées par les journaux qui ont parlé de cette finance islamique (La Liberté, Le Matin).

Dans le chapeau de l’article, on retient deux propos d’Oskar Freysinger “les Suisses vont financer le terrorisme d’Al-Qaïda” et “les mollahs dicteront à l’avenir notre mode de vie”. Houlà, vous avez l’impression qu’on brûle les étapes? Moi aussi. Lisez la suite »

Dans l’écriture scientifique, il y a une règle cardinale qui est le respect de la parole d’autrui. Friand de citations diverses, l’écrit académique doit être fidèle au texte cité, indiquer par des crochets d’éventuels ajouts, corrections ou suppressions, donner la référence exacte pour qu’elle soit vérifiable, etc. Dans le journalisme, on est loin d’être aussi exigeant: restituer l’esprit d’un propos tenu en lieu et place de la lettre peut suffire. Mais cela débouche sur toute une série d’accusations récurrentes de la part d’interviewés lésés : vous sortez ce propos du contexte, vous avez déformé mes propos, vous avez tronqué ce que j’ai dit, etc.

Julian Baggini, dans ce stimulant ouvrage recommandé ici, prend l’exemple d’un discours de Jacques Chirac très mal reçu par les Britanniques et les Américains. Les médias britanniques et américains ont cité une intervention télévisée de Jacques Chirac du 10 mars 2003 : “Ma position, c’est que, quelles que soient les circonstances, la France votera non”. Ce refus d’intervenir en Irak a suscité le scandale: qu’est-ce que ce pays de pacifistes absolus qui refusent la guerre en toutes circonstances? En fait, la citation était tronquée et hors contexte: les circonstances ne sont pas absolues, mais relatives aux débats en cours à l’ONU et au Conseil de sécurité. En outre, la phrase entière est la suivante:

Ma position, c’est que, quelles que soient les circonstances, la France votera non parce qu’elle considère ce soir qu’il n’y a pas lieu de faire une guerre pour atteindre l’objectif que nous nous sommes fixé, c’est-à-dire le désarmement de l’Irak.

Omettre le “ce soir” fait croire que le refus de la France est gravé dans le marbre pour toute éternité. Modifier une citation n’est donc pas sans conséquence, parfois graves. Le but est presque toujours d’être plus tranchant, plus séduisant, plus vendeur. (N.B. Un livre d’Alexander Marinos est tout entier consacré à ce sujet délicat : “So habe ich das nicht gesagt” : die Authentizität der Redewiedergabe im nachrichtlichen Zeitungstext”). Lisez la suite »

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